L’histoire est cyclique. Winston Churchill déclara la chose suivante : « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur. »
Juxtaposée à l’histoire de l’homme, jalonnée de batailles, il y à la quête désespérée de la paix. Certains sont prêts à tout pour devenir des artisans de la paix et éviter les horreurs de la guerre, comme ce fut le cas il y a près d’un siècle au Führerbau de Munich, à une heure du matin, le 30 septembre 1938.
On peut supposer que l’ambiance était glaciale, prémonitoire et inquiétante. Dans l’odeur des cigares et des sueurs froides, quatre dirigeants et leurs fonctionnaires respectifs avaient anticipé ce moment.
Neville Chamberlain, Premier ministre britannique à la carrure mince et aux épaules voûtées, portait le poids d’un espoir continental. Il s’approcha du document, un stylo à la main. Ses yeux, bien que fixes, étaient cernés par des nuits d’insomnie passées à lutter contre le spectre de la guerre et la promesse de paix qui s’estompait. Le document qui était devant lui, l’accord de Munich, tenait entre ses mains le sort des Sudètes, une région frontalière de la Tchécoslovaquie qui devait être annexée par l’Allemagne en échange de la promesse d’Adolf Hitler de ne pas faire d’autres revendications territoriales. La main de Chamberlain, ferme mais alourdie par l’histoire, planait au-dessus du document.
Quelles pensées se cachaient derrière ses yeux fatigués ? Entendit-il les échos de la guerre précédente qui avait ensanglanté toute une génération ? Vit-il sur les visages qui l’entouraient les enfants innocents dont l’avenir pouvait être gravé dans le sang ou épargné par la diplomatie ? Pris entre l’agonie du souvenir et la crainte de ce qui pourrait arriver, Chamberlain s’accrochait à l’idée que les mots — si maniés avec sagesse — pouvaient encore dompter les loups.
Son stylo toucha le papier, et d’un trait de plume, il signa l’avenir d’une autre nation.
Hitler fixa intensément le visage de ce conciliateur. Ses yeux, froids et calculateurs, traduisaient une certitude fiévreuse que le monde se plierait à toutes ses exigences s’il insistait suffisamment. Ses demandes avaient été accueillies avec crainte, car le conciliateur et son peuple craignaient la guerre plus qu’ils n’aimaient l’intégrité.
Alors que l’encre séchait et que les signatures se fondaient dans l’histoire, il n’y eut ni applaudissements ni enthousiasme. Il n’y eut qu’un silence — soulagé pour les uns, incrédule pour les autres.
Chamberlain présenta alors à Hitler un document de son cru : la Déclaration anglo-allemande. Il s’agissait d’un accord fragile entre les deux hommes: leurs pays ne devaient plus jamais sacrifier leur avenir dans une guerre les opposant l’un à l’autre. Lorsque les conditions lui furent présentées, Hitler acquiesça et signa rapidement et négligemment ce futile document de paix. Cela ne signifiait rien pour Hitler, mais Chamberlain, désespéré et volontairement naïf, n’avait pas la volonté d’affronter l’agresseur.
Les généraux allemands, nerveux, avaient du mal à croire à leur chance. L’historien William Manchester rappelle leur point de vue dans son deuxième tome de The Last Lion : « Ils étaient tous d’accord pour dire que si les Britanniques et les Français avaient tenu tête à Hitler, et si Hitler avait envahi la Tchécoslovaquie, le Reich aurait été rapidement vaincu. »
Pourtant, ni les Français ni les Britanniques n’avaient eu la volonté et le courage de s’opposer à Hitler !
Plus tard dans la journée, depuis la fenêtre du premier étage du 10 Downing Street, Chamberlain tenait le fameux document à la main et s’adressa à la foule en liesse : « Je crois que c’est la paix pour notre époque ! »
Sept ans sanglants plus tard, la Seconde Guerre mondiale s’acheva enfin en Europe. Les nombreuses familles soulagées mais brisées qui avaient perdu leurs proches au combat avaient des raisons de se souvenir de ce premier ministre malavisé qui espérait qu’un bout de papier arrête une bête foudroyante.
Considérez la façon dont la Bible décrit le devoird’un vrai chrétien : « que tu combattes le bon combat » (1 Timothée 1 : 18) ; « combats le bon combat » (1 Timothée 6 : 12) ; « faites mourir les actions du corps » (Romains 8 : 13) ; « regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus Christ » (Romains 6 : 11).
La vie chrétienne est une vie de guerre, et non pas de capitulation. Il s’agit de mettre à mort l’ennemi, le péché et de défendre une morale juste, d’affronter le mal et de mener une guerre offensive.
« L’offensive », disait Churchill, « est trois ou quatre fois plus difficile que d’endurer passivement au jour le jour. […] Rien n’est plus facile que de l’étouffer dans le berceau. Pourtant, c’est peut-être là que réside la sécurité. »
La capitulation de Chamberlain à Munich ne commença pas au petit matin du 30 septembre 1938. Craignant la guerre, il s’était déjà compromis si souvent avec le mal que sa faiblesse devant Hitler était inévitable. Son intégrité était mise à mal par ses échecs passés à confronter le mal, et Hitler le savait. Dans l’esprit de Chamberlain, l’apaisement était tout ce qu’il avait, peu importe ce qui aurait pu se cacher derrière ses yeux sombres cette nuit-là, alors qu’il s’inclinait devant la tyrannie.
Nous devons être différents. Nous ne devons pas agir avec des caprices et des souhaits diplomatiques comme Chamberlain, en espérant que le mal se calmera et se satisfera de nos mains tremblantes d’apaisement. Nous devons mener le combat spirituel avec une détermination et un dynamisme acharnés, comme le successeur de Chamberlain, Churchill, et passer à l’offensive, ne jamais reculer et ne jamais faire de compromis avec le mal.