À la fin des années 1980, au cœur des étendues brûlantes du désert de l’Arizona, une expérience audacieuse, presque onirique, vit le jour. Elle fut appelée Biosphère 2. La planète Terre était considérée comme la Biosphère 1, un système essentiellement fermé dans lequel la vie est maintenue par le recyclage continu de ses matériaux. Biosphère 2 était censée être une version à plus petite échelle du même concept de base : un écosystème complet — y compris des êtres humains — dans un environnement hermétique de 3,14 acres. Les occupants étaient supposés vivre pendant des années dans cette installation futuriste où toute la nourriture, l’eau et l’air étaient produits sur place. Rien n’entrait, rien ne sortait.

Les scientifiques et les visionnaires considéraient Biosphère 2 comme un terrain d’expérimentation pour l’avenir. Il s’agissait d’une première étape vers la création d’habitats autonomes qui pourraient un jour exister sur la Lune, sur Mars et au-delà.

Mais quelques mois seulement après le lancement du projet en septembre 1991, la production alimentaire chuta à des niveaux inquiétants. L’équipage sous-alimenté subit une perte de poids significative. Dans le même temps, certaines espèces disparurent, tandis que d’autres explosèrent en nombre, notamment certains insectes qui aggravèrent les pénuries alimentaires. Au fil des mois, les niveaux d’oxygène ont chuté à un point tel que les biosphériens sont tombés malades, ce qui a rendu leur travail agricole très difficile. La situation finit par nécessiter une « tromperie » consistant à faire entrer de l’air extérieur dans l’installation. Les tensions sociales s’intensifièrent également, poussant les occupants affamés et isolés à se diviser en factions hostiles les unes envers les autres.

Le projet Biosphère 2 fut abandonné dans un climat de frustration en septembre 1993 sans avoir atteint ses objectifs. Pourtant, cet échec a été une source d’enseignements très enrichissante.

L’une des découvertes les plus fascinantes concernait les arbres plantés dans la zone de forêt tropicale de l’installation. Beaucoup de ces arbres ont poussé rapidement, mais se sont ensuite renversés avant d’atteindre leur maturité. Les créateurs de Biosphère 2 n’avaient pas compris que les jeunes arbres ont besoin de vent pour parvenir à maturité. En effet, le vent qui souffle fait plier l’arbre, tirant sur les racines du côté exposé au vent tout en exerçant une pression sur le bois du côté opposé. Cela pousse le système racinaire à s’étendre plus profondément et plus largement pour ancrer l’arbre en place, et oblige les cellules du bois soumis à cette pression à modifier leur structure pour devenir plus robustes.

La structure cellulaire modifiée est connue sous le nom de bois de réaction, ou bois de contrainte. Les arbres exposés à des vents violents dès leur plus jeune âge développent un système racinaire, un bois résistant et une solidité leur permettant de supporter des forces encore plus importantes à mesure qu’ils grandissent. Cependant, les arbres cultivés dans les conditions protégées d’une serre risquent de s’effondrer sous leur propre poids avant d’atteindre leur maturité.

Ce phénomène est une métaphore puissante pour chacun d’entre nous. Comme l’écrivit l’apôtre Paul dans Romains 5 : « Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance. Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné. » (versets 3-5).

De même Jacques 1 : 2-4 déclare : « Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien. »

Nous ne vivons pas dans une bulle exempte de souffrance comme Biosphère 2, et c’est finalement tout à notre avantage. Lorsque les vents nous malmènent, nous pouvons nous consoler en sachant que cela forge en nous une résilience, une force d’âme et un caractère comme rien d’autre ne saurait le faire. Cela nous aide à atteindre la maturité et à acquérir la force nécessaire pour devenir comme l’homme comparé à l’arbre dans le Psaume 1 : 1-3 qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point.